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La patience du cri 1

Voici un extrait du recueil, ce texte a reçu le prix du 3ème accessit au concours organisé par l'Académie Littéraire de Provence et a été publié dans leur recueil "Mosaïque 2007". 

mosaïque


 


 

 

 

 

La patience du cri

 

 

 

La patience du cri est sans limite. Voilà des mois qu'elle aurait dû hurler, quand elle l'a découvert. La trahison vaut bien un hurlement. Mais elle a étouffé son cri pour le recracher au moment propice. Elle ne pouvait pas se rabaisser. Montrer à ce mari infidèle qu'elle avait manqué de confiance en elle, qu'elle était fragile et qu'elle avait fouillé. Alors elle a conservé soigneusement ce cri déchirant, elle l'a enveloppé d'une cage subtile où elle le nourrit de temps en temps. Elle n'oublie pas de nourrir sa rancœur. Elle note avec patience et minutie chaque mensonge en attendant le faux pas. A ce moment là, et à ce moment là seulement, elle pourra asséner le coup fatal. Elle pourra laisser éclater sa rage retenue depuis si longtemps. Elle pourra laisser le devant de la scène à ce cri devenu si fort après tant de patience. Alors elle se montrera magistrale, ne laissant place à aucun argument. Argument minable d'un homme fourbe et traître. En attendant ce coup d'éclat, elle est aux aguets, elle cherche sans cesse l'élément sans faille qui permettra de le confondre. Elle ne vit plus, elle survit. Elle traque, sursaute, imagine, trépigne, s'autodétruit. Pas de preuves formelles et trop d'indices suspicieux. Elle attend, le cri perd de son ampleur. Que reste-t-il de leur couple ? Un silence pesant, pas même quelques disputes car elles ne sont plus à l'ordre du jour. Les cris, c'est pour ceux qui s'aiment et se déchirent. Eux, se sont détruits depuis longtemps. La faiblesse d'un homme qui trompe, la faiblesse d'une femme qui se tait. L'équilibre d'un couple conservé. Le devoir conjugal continue d'être honoré mais sa solitude d'âme ne cesse de croître. Les mois passent. L'intensité du cri a diminué. Il ne lui reste qu'une condition misérable d'esseulée, elle est devenue prisonnière d'un monde écœurant d'excuses et de mensonges à l'autre et à soi. Elle a laissé le temps détruire la flamme, elle a laissé les duperies user leur dernière chance et finalement elle doit admettre la pauvreté de leur relation. Devrait-elle s'accuser de cette décadence ? Son mari était devenu trop distant. Petit à petit, il l'avait délaissée pour son travail, pour ses amis, pour ses feuilletons. Elle avait dû apprendre à faire taire son cœur exigeant et romanesque. Fin des fleurs, des petits mots disséminés dans ses  affaires, et des coups de téléphone à tout moment de la journée. Elle s'était persuadée que la vie était ainsi, la passion ne pouvant survivre indéfiniment. Mais aujourd'hui, elle aurait voulu le maudire. Du temps et des mots, il en avait trouvé pour en séduire une autre. Comment avait-il pu se laisser enivrer de désir pour une autre femme ? Comment avait-t-il osé rester impassible en rentrant encore imprégné de son crime ? Il aurait dû s'écrouler de honte après une telle traîtrise. Elle qui était si blessée, elle aurait dû vibrer de cette douleur. Mais elle a abandonné, elle a perdu. Jamais elle ne sera de celles qui cristallisent leur amour dans un geste funeste et le suspendent dans un instant d'éternité. Elle a perdu sa candeur, elle a perdu sa grandeur. Leur lâcheté prédomine. La patience du cri est sans mérite.

Vos commentaires

1 Le Dimanche 11 Mai 2008 à 17:38 GMT+2, par ange

Wah.. je suis soufflée, j'adore ta façon d'écrire (heu je dis pas de connerie, hein, c'est bien toi qui écris?)
Ca me parle tellement.
C'est magnifique ! bravo

2 Le Dimanche 11 Mai 2008 à 17:39 GMT+2, par ange

Au fait, je suis la même que sur douceur-et-lumière ;)
tu m'as dit de passer alors c'est fait. et je t'ajoute même dans mes liens pour te retrouver plus facilement.

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