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La patience du cri 2

La patience du cri, suite et fin...
 

La patience du cri est sans limite. Il aurait voulu lui hurler : « Je suis amoureux ».  Il aurait voulu exalter de ce bonheur naissant, partager ce fol espoir avec elle, sa femme, son alliée de vie, son amie. Mais pouvait-il lui asséner cette nouvelle aussi soudainement ? Pouvait-il remettre en cause tant d'années de vie commune pour une histoire dont il doutait encore ? Il lui fallait du temps. Du temps pour prendre une décision, du temps pour examiner ce qu'il restait de leur couple, de leur lien passé. Car le couple a vieilli et lui aussi s'est ridé. Comment ont-ils pu perdre cet emportement des premiers jours ? Il aurait voulu cracher au visage de sa femme toute la solitude dont il souffrait depuis trop d'années. Mais il n'en avait plus la force. Alors il s'est tu, a dissimulé, a menti. Puis le regard de sa femme s'est assombri. Avait-elle compris ? Il a attendu un affrontement qui n'est jamais venu. Rien n'a perturbé leur routine. Chaque jour le fossé entre eux se creusait, elle feignait de croire à ses mensonges. L'autre femme est partie, a disparu comme elle était entrée dans sa vie. Il s'en voulait de n'avoir pas su bouleverser son univers, il en voulait à sa femme qui n'avait pas réagi, qui s'était réfugiée dans le silence, n'avait même pas essayé de combattre. Il lui en voulait de ne plus chercher à le séduire, de ne plus faire ces efforts qui semblaient chaque matin s'étaler sur un siècle dans leur salle de bain. Il était frustré de la négligence avec laquelle elle se déshabillait le soir en bordure de leur lit. Il était déçu de la facilité avec laquelle elle s'abandonnait, sans même chercher à éveiller quelque désir. Elle n'était plus l'objet de ses fantasmes. Devrait-il lui en vouloir de s'être pliée aux habitudes ou devrait-il se rendre responsable de ne plus savoir regarder et animer sa femme ? Tout amour entre eux n'était plus que souvenir. Il ne restait qu'une discussion latente, diffuse, qui ne savait prendre forme et retentir d'une passion de jeunesse trop loin déjà. Que lui restait-il ? Le confort simple d'un foyer stable, d'un repas préparé et d'un programme de télévision pré planifié.  Il vivait aux côtés d'une femme qui ne se révoltait plus, acceptait une vie sans ravissement, et n'exigeait plus rien de lui. Il regardait ce qu'ils étaient devenus avec mépris, lui, qui avait tant souffert de l'exemple du couple décousu de ses parents. Par résolution, par facilité aussi, il a cédé à l'usure sournoise et au poids du quotidien. Leur lâcheté prédomine. La patience du cri est sans mérite.

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